Pensons Sauvage

Potager & permaculture au jardin naturel

Mais pourquoi… l’ail cru broyé contre le mildiou ?

ou comment j’ai soigné mes tomates à l’ail cru
et tenu le mildiou à distance.

 

 

Vous avez le droit de copier cette page et de la republier – photos comprises – uniquement si vous avez la politesse de mettre le lien vers l’original https://pensons-sauvage.org/index.php/mais-pourquoi-lail-cru-broye-contre-le-mildiou/ – et cette mention 😉

 

Comme tous ceux qui font pousser des tomates, je consulte assidûment la météo en été. Histoire de voir venir ces périodes estivales pluvieuses, propices au mildiou qui peut ravager en peu de temps mes chers petits plants.

Sapristi, l’ennemi est dans la place !

La maladie serait même devenue encore plus virulente ces dernières années, ayant développé ses propres défenses face à nos luttes chimiques. Comme beaucoup de maladies humaines, animales et végétales : on ne joue pas impunément avec le vivant, à ce qu’il semble.

Le mildiou est une maladie cryptogamique causée par un pseudo-champignon, c’est à dire qu’il partage avec ces derniers – sans en être vraiment – une série de caractéristiques, comme la sensibilité aux fongicides. C’est la mycose des plantes, en fait.

Le Béarn, où je vis, est une région humide et plutôt chaude. La culture de la tomate en plein champ y est par conséquent tout à fait hasardeuse. On sait que le fléau arrivera tôt ou tard et toute l’affaire consiste justement à ce que ça soit le plus tard possible.

Aussi, l’hiver dernier, j’étais encore une fois à la recherche de la panacée ; laquelle n’existe pas pour l’instant, on le sait, mais c’est toujours important de voir ce que font les autres pour contrer le maléfique ennemi.

Une bonne solution est de cultiver les tomates sous abri… et encore. Même l’humidité résiduelle d’une serre peut favoriser ce mauvais compagnon. La bouillie bordelaise est exclue pour moi, en raison de sa toxicité pour les sols qu’elle gorge de cuivre – et pour les organismes aquatiques. Je parsème le jardin de petites mares, relais importants pour la biodiversité. Pour rien au monde, je ne les aurais mises en danger.

Eugène, de la nation des Crapauds. Nous avons fait alliance contre le peuple des Limaces.

Donc, de forums en sites de potagistes, j’avais repéré l’utilisation de la prêle (plante difficile à importer car elle ne se sème pas – et je n’en ai pas encore trouvé) du bicarbonate de soude mais aussi… de la décoction d’ail, dont les caïeux contiennent un puissant fongicide naturel.
Diverses recettes, avec un point commun : il s’agissait de faire cuire l’ail et de le vaporiser sur les plants. Ma question était donc : pourquoi faut-il le cuire ? En quoi sa cuisson permet-elle de renforcer ses propriétés naturelles antifongiques et antiseptiques ?

Pour être tout à fait exacte, j’avais quand même trouvé ici ou  des recettes à base d’ail cru mais restant en infime minorité par rapport aux recettes de décoction, donc cuisson, de l’ail.

Et c’est en cherchant la réponse à cette question que je suis tombée sur une information fort intéressante et tout à fait inattendue.

L’allicine est un composé organo-sulfuré abondant dans l’ail sous une forme un peu plus complexe (…)
C’est un liquide incolore avec une odeur piquante caractéristique. Ce composé présente des propriétés anti-bactérienne et anti-fongique. L’allicine fait partie des mécanismes de défense de certaines Alliacées comme l’ail contre les attaques d’insectes et autres prédateurs (…)
Ce composé n’est pas présent dans l’ail tant qu’il ne subit pas de dommages tissulaires (…)
De plus, l’allicine est instable, se dégradant en 16 heures à 26 °C.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Allicine

 

On observe donc au moment où l’ail est attaqué – et pour une quinzaine d’heures –  le dégagement d’un composé antifongique très puissant, l’allicine, élément qui a bien sûr disparu dans l’ail cuit et dans les purins d’ail.

Bref, c’était à peu près le contraire de ce que j’imaginais trouver : cuire ou macérer l’ail le prive d’une bonne partie de ses propriétés. Nom de Zeus !

(Je précise, d’une bonne partie, mais sûrement pas de toutes… en témoigne la recette Ail Laurier de Pascal Clerc, qui partie en 2012 du forum Au Jardin s’est répandue depuis dans toute la toile tomatophile, avec un succès qui ne peut être dû qu’à son efficacité)

Mieux, en ce qui concerne les propriétés anti-infectieuses de l’ail cru, ce site a fait la comparaison : une boite de pétri ensemencée à l’ail cuit versus une seconde boîte à l’ail cru. Résultats très clairs : seule la seconde est restée indemne. Or nos plantes sont aussi régulièrement attaquées par des germes qui les fragilisent, en particulier lorsque nous les taillons. Les blessures que nous causons ainsi sont des portes d’entrées, comme pour le mildiou.

(le site en question me semble un peu oublié au fin fond de la toile, merci de me sonner s’il disparaît)

Restait une autre question : si l’ail cru n’est pas utilisé de manière massive, c’est peut-être qu’il est toxique pour les plantes ? Trop agressif ? J’ai donc décidé de faire le test, délibérément, pour en avoir le cœur net. J’ai fait bénéficier mes plants de plein air d’une douche de ma composition à base d’ail cru broyé très régulièrement et sans craindre la surdose : si mes plants dépérissaient, j’aurais ma réponse, fichu pour fichu, allons-y ! Et j’ai mis au point plusieurs systèmes de protection à base d’ail broyé.

L’été a été dans l’ensemble plutôt sec, mais notre région a quand même bénéficié de quelques honorables passage pluvieux, généralement de deux à quatre jours. J’ai vu – et traité – des « pointes de mildiou » sur certaines feuilles incurvées qui séchaient mal. Mais il s’est révélé incapable de s’installer : les plants se sont apparemment rétablis après pulvérisation de ma potion. Je ne doute pas du fait que le fléau restait à l’affût dans l’ombre, puisqu’il est partout maintenant, mais il n’en est point sorti.

Si je ne peux donc pas encore dire quel aurait été le résultat lors d’un « été pourri », je peux quand même constater que les plants de mes voisins étaient depuis longtemps infestés, brunis et pendouillant (merci pour les spores ^^) quand les miens se portaient toujours bien et ont produit régulièrement jusqu’à la mi-novembre. A ce moment il restait quelques kilos de tomates vertes dessus, que nous avons fait mûrir à l’intérieur.

Et ceci, alors même que j’avais légèrement raté mes repiquages en début de saison, ayant attendu un peu trop longtemps pour les transférer dans de grands pots et les exposer à l’air du printemps : en théorie, c’étaient des plants plus fragiles que de beaux plants trapus, fruits d’une bonne conduite. C’est mal, je sais, mais on a parfois des coups de fatigue.

Plus intéressant encore est le résultat que j’ai obtenu dans ma (mini) serre, où aucune pulvérisation n’est possible, pour ne pas favoriser l’humidité de l’air. Ma recette a donc été différente, lorsque le mildiou s’y est déclaré après une période pluvieuse, en juillet. Et pourtant, voici la serre le 21 septembre. Plus de trace de mildiou.

Non non, au fond c’est juste des salades mises à grainer…

Murissoirs aux pommes, phase 1 & 2, opération réussie !

En fait, j’y ai utilisé une sorte de crème d’ail ou de mastic d’ail pour couvrir les blessures que j’ai faites en coupant les quelques branches touchées par le mildiou en juillet. Il n’y est jamais revenu, sauf de manière minime en novembre, lorsque l’atmosphère a commencé à devenir franchement humide. Mais là, c’était le moment de cueillir les derniers fruits, parfaitement indemnes, et des les coller à l’intérieur avec des pommes (qui dégagent de l’éthylène, ça aide). Puis d’arracher les pieds pour laisser la place aux salades d’hiver.

Bref, des expérimentations complémentaires sont indispensables, je m’y remets cette année mais je compte aussi sur vous. Et ce serait sympa tout plein de venir répercuter les résultats dans les commentaires !

Recettes

Mises à jour régulières : Exemple de traitement – et suivi – lors d’une longue période pluvieuse

 

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14 Commentaires

  1. Bonjour,
    Est-ce que le paillage des tomates avec des pelures d’ail et d’oignon peut retarder l’apparition du mildiou ?

    • Bonjour
      C’est une bonne question, mais franchement je ne sais pas. J’utilise la pulpe d’ail, qui a donc la particularité de produire de l’allicine au broyage – et pour quelques heures… mais je ne connais pas la composition exacte de la pelure.

  2. J’utilise la décoction d’ail dans du lait contre l’oïdium et ça marche pas trop mal. par contre l’ail cru je ne connais pas. Pour le moment , pas d’attaque de mildiou sur les tomates sous tunnel mais dès que ça arrive , je ferai des tests. Super article!

    • Voilà, j’attendais un peu avant de répondre… car nous voici en pleine offensive du mildiou. Et après 6 semaines de temps humide, orageux, brumeux (!), crachineux ^^, bref un été catastrophique pour les tomates… eh bien les dégâts dans la région sont considérables. J’en observe des pointes sur mes plants, mais blindés à l’ail comme ils sont ils résistent bien et la progression est très très ralentie, ce qui me permet d’intervenir tranquillement. J’ai rajouté du bicarbonate lors de mes derniers passages, à peu près une fois par semaine : même s’il est légèrement phytotoxique, l’ail m’a permis d’en utiliser très peu cette saison.
      Je ferai un billet bilan à la fin de la saison, mais un été aussi mouillé c’est rare ! 😉

  3. comment faire du mastic d’ail

  4. Salut !

    Alors ça c’est une première pour moi ! Je n’avais jamais entendu parlé de cette préparation à base d’ail ! Moi qui n’affectionne pas du tout les traitements sur mes plantes. Car comme il est dit très justement dans l’article sur la tomate, en général, si l’on choisi des variétés rustiques et résistantes, elles se remettent très bien de quelques infections. Des combattantes !

    Mais là, une recette naturelle, pleine de bon sens (du fait des propriétés de l’ail, et l’utilisation de l’ail cru), c’est pour moi une vraie révélation on va dire ! 😉

    Je vais faire des tests cette année et si j’ai des retours positifs (ce que je pense être certain) j’en parlerai sur mon blog avec grand plaisir !

    • Je te remercie beaucoup, j’ai passé une saison à tester après un hiver à me documenter^^, les résultats ont été tout à fait intéressants mais c’est vraiment encore bien peu pour avoir des certitudes. Ce dont je suis sûre maintenant c’est que la préparation n’est pas phytotoxique, vu que j’en ai vraiment inondé tout ce petit monde le plus souvent possible, histoire de vérifier l’innocuité. Avec un brin de bicarbonate dans les moments critiques (j’ai donc pu en réduire drastiquement la dose, car justement lui, à la longue, est bien phytotoxique). Donc, à noter que je n’ai pas lésiné sur les sorties pulvérisateur, ce qui a sûrement eu son effet aussi ^^

  5. Enfin une expérience qui me pique au vif, marre des recettes qui ne marchent pas sous prétexte que c’est naturel
    . Pas assez de recul pour affirmer que ça marche, seulement expérimenté l’an dernier mais tellement heureux de vous lire.

    • Merci 🙂 Vous voyez que je prends des précautions et que je demande aux gens de tester encore pour mieux valider. Pour ma part, je pense que le « mastic d’ail » (antibactérien, antifongique) a fait une vraie différence puisque couper sans précaution c’est aussi balader des spores et que ce sont ces petits « pansements » et « tartinages » sur les branches suspectes qui ont stoppé la propagation du mildiou. De nos jours il est partout, on ne peut que le tenir en échec le plus longtemps possible.
      Pour la potion, ça demande autant de travail que le bicarbonate de soude (que j’ajoutais parfois à faible dose aussi), en étant moins phytotoxique. Et tout ce que je peux dire c’est que les tomates de mes voisins étaient fichues quand les miennes allaient bien. Ce qui sur un an, effectivement, n’est pas encore une preuve 😉

  6. Intéressant. Pourtant le purin d’ail et lauriers avait fonctionné pour ma part. Par contre, la technique sous la serre, faudra que j’essaye. Je n’ai cependant pas peur de pulvériser sous la serre, tant pis pour l’humidité…

    • Bravo, premier à commenter ! Merci ! Le purin d’ail et de laurier a aussi très bonne réputation. Mais perso c’est la technique de taille et tartinage à l’ail (ma page crème d’ail) qui m’a le plus bluffée pour stopper une contamination. Et sinon notre serre est vraiment petite, et on a un climat presque tropical par ici, humide et chaud… ça peut vraiment tourner au bain de vapeur là-dedans. Dans un simple tunnel à tomates, assez large et ouvert aux deux bouts, je n’aurais sans doute pas les mêmes inquiétudes.

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