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Potager & permaculture au jardin naturel

Refuge du Vivant : le temps de notre responsabilité

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Difficile de ne pas le voir : notre planète est actuellement entre de mauvaises mains. L’ère de l’énergie abondante a amené dans son sillage une génération inquiétante qui a fait de l’enrichissement à n’importe quel prix une quasi-valeur morale. Dans leur tête, être riche, c’est devenu le bien. Le pillage des ressources naturelles est considéré comme légitime par une partie des entreprises et de la population, à un rythme sans précédent, tout cela pour produire et vendre une quantité d’objets superflus. Et sans se soucier de priver ainsi les générations futures du nécessaire.

Au final, ils s’attaquent directement à la trame vivante du monde, en détruisant sans vergogne notre seul vaisseau commun : la Terre. Les scientifiques appellent ça la sixième extinction et elle commence déjà à nous concerner, puisque nous ne sommes qu’une des composantes de la nature qui est – on le sait maintenant – entièrement interconnectée. Ils n’ont d’ailleurs pas tort ceux qui disent que c’est surtout notre espèce qu’il s’agit de sauver : la vie a sans doute les moyens de se remettre, quand la nature nous aura fait disparaître.

Ceux qui s’opposent frontalement à ce dévoiement subissent la répression et se retrouvent parfois criminalisés, y compris pour des actions non-violentes. D’autres tentent, avec parfois des succès, la voie du Droit. Mais il s’agit là d’un temps long qui peine à rattraper l’imagination sans borne des dévastateurs, au service de leur cupidité.

Pourtant c’est bien l’existence simultanée de ces deux factions qui permet de ne pas désespérer de notre espèce : on ne peut la voir comme fondamentalement mauvaise alors même qu’elle est capable de se faire comptable de ses propres erreurs, de se juger parfois sévèrement et de tenter par tous les moyens d’arranger les choses. Partout se créent des groupes naturels, des associations, des ONG, qui montent au front contre l’écocide en cours : c’est cela aussi l’être humain.

Mais les gens qui ne sont pas faits pour l’action médiatique et associative ont également un rôle à jouer.

Ceux qui sont amenés à gérer un bout de terre, un jardin partagé ou n’importe quel espace naturel… ceux-là peuvent agir concrètement. Ils sont libres d’en faire un refuge où les populations animales et végétales locales pourront se replier et perdurer jusqu’au retour des jours meilleurs. Car la vie est puissante et elle ne fait pas la fine bouche quand on l’invite. Un jour, c’est à partir de ces lieux préservés que le vivant sous toutes ses formes pourra à nouveau s’élancer et essaimer.

Cela demande du temps, de l’attention – et la capacité de ne pas agir, ou le moins possible. Quelque chose qui nous est difficile, donc, tant nous avons été conditionnés à œuvrer sans cesse pour modifier notre environnement. Mais par qui ? Par ceux justement qui entendaient en tirer profit, nous vendre outils et matériaux, objet manufacturés et même poisons.

Cela demande avant tout la capacité de faire changer notre regard sur la nature et les jardins. Ne pas vouloir sans cesse les organiser et les ratiboiser pour faire propre. Cesser de craindre de se laisser déborder mais ouvrir les yeux sur la beauté sauvage. Nous en sommes capables lors d’une randonnée dans la montagne, pourquoi pas là où nous vivons ? Apprendre à respecter les plantes indigènes au lieu de les arracher sans savoir qui elles sont. Se rappeler que les magnifiques fleurs de jardineries sont souvent un repas bien maigre ou sans intérêt pour les butineurs, qui aiment mieux les fleurs des champs.

Oui, cela demande de flâner au lieu de travailler, d’attendre plutôt que d’agir, d’observer avant de décider. Rien n’empêche de garder un espace gazonné pour les jeux des enfants, d’aménager les passages dont vous avez besoin : si vous laissez une bonne place aux graminées, aux plantes spontanées et aux arbres, le lieu dont vous vous occupez sera quand même bien accueillant pour les oiseaux et pour la faune.

A mon sens, le temps est venu : c’est la désormais la responsabilité de toutes les personnes conscientes – et qui disposent d’un petit espace de terre, voire même d’un balcon – d’en faire un Refuge du Vivant. Un havre où le petit peuple qui partage la planète avec nous pourra s’abriter du cataclysme en cours et attendre la fin des jours sombres.

Ces sanctuaires existent déjà, fort heureusement. Les Refuges LPO, par exemple, en sont de facto. Leur philosophie du laisser-faire pour attirer nos petits frères emplumés favorise aussi les plantes sauvages, les butineurs, les insectes. On peut citer aussi les Oasis en tous lieux et il y en a sûrement bien d’autres, à commencer par les zones protégées lorsqu’elles sont respectées.

Tous ceux qui se plaisent à vivre dans un jardin ensauvagé en créent également. Savez-vous qu’un gazon impeccablement tondu n’abrite pas beaucoup de plus de biodiversité qu’un parking ? Qu’un arbre mort couché au sol, voire un tas de branches, est un milieu unique indispensable à nombre de petits insectes essentiels. Qui, cerise sur le gâteau, sont utiles à la santé de votre potager.

Quant aux adeptes de la permaculture, qui cherchent à travailler avec la nature et non contre elle, ils et elles protègent ainsi des espaces où la vie s’invite avec bonheur.

Il est heureux que ces pratiques progressent, que cet esprit gagne du terrain. C’est une vague de fond qui travaille secrètement nos sociétés et surtout un espoir. Peut-être le dernier.

Vous avez le droit de copier cette page et de la republier – photos comprises – uniquement si vous avez la politesse de mettre le lien vers l’original https://pensons-sauvage.org/index.php/2017/07/27/refuge-du-vivant-le-temps-de-notre-responsabilite/ – et cette mention 😉

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