Pensons Sauvage

Potager & permaculture au jardin naturel

Les eaux de mars : le trésor tombé du ciel

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Depuis des décennies, les dames et les messieurs de la météo vous annoncent chaque jour le temps qu’il fera demain : beau ou mauvais. Et mauvais, vous le savez, ça veut dire : pluie. Faut-il que l’habitant des villes soit coupé de la nature – et des agriculteurs – pour assimiler l’eau qui nous arrive du ciel, cette richesse inouïe de nos régions tempérées… à un problème ? Si cela tombe un samedi ou un dimanche, il n’ira probablement pas se promener à la campagne et ainsi n’aura peut-être jamais l’occasion de découvrir ce que la nature est vraiment. Et à quel point elle semble exhaler un parfum de réjouissance dès qu’elle est baignée par l’averse.

La succession écologique classique voudrait que nos bouleaux soient remplacés par des chênes, mais ce sont des palmiers que nous voyons apparaître un peu partout dans le jardin ces derniers temps.

Ici, dans le Béarn, nous avons vécu deux années de sécheresse intense. D’après certains chercheurs, c’est l’évolution climatique à prévoir dans le Sud-Ouest de la France… difficultés en vue pour le sacro-saint maïs, soit dit en passant. Et de fait, ce début de printemps sec après un hiver et un été sans vraies précipitations, ça commençait à faire beaucoup. Herbe pelée, petits fruitiers atones, légumes amoindris… Et puis la voilà, enfin, et tout revit. Le printemps peut commencer ! Je vous emmène au jardin sous la pluie, il y a beaucoup à observer et donc beaucoup à apprendre.

Trois gouttes et s’éveille le framboisier : c’était une simple bouture, guère plus qu’un bâtonnet fiché en terre

Nous croisons d’authentiques poules mouillées, bien contentes de gratter enfin un sol un peu moins dur

Partout, le mulch épais conserve la précieuse humidité de la terre, nourrit les travailleurs du sol et renouvelle l’humus. Mais les poireaux ont quand même souffert de la sécheresse, on compte sur le printemps pour leur donner un peu de corps. Ce sont des légumes qui savent attendre, heureusement. Juste derrière, des carottes : toutes leurs fanes avaient disparu pendant le gel de janvier, mais elles sont à point et on les récolte en fonction des besoins. Ces deux compagnons se protègent mutuellement des ravageurs.

Les bourgeons du figuier avec leur étrange disposition au bout des fins rameaux

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De février à avril c’est le bon moment pour semer des petits pois partout – le jour et la nuit par rapport à ceux des boîtes de conserve. Malins, ils trouvent leur chemin sans souci à travers le mulch, captent l’azote de l’air et le stockent dans les nodosité de leurs racines. On les laissera dans le sol en retirant les plants, comme toujours, mais grâce à eux la terre sera encore mieux préparée pour les cultures d’été qui suivront.

Suspense chez les salades semées en octobre dernier, dans des pots de différentes tailles, pour nos expérimentations de culture sur balcon – sans balcon. Elle s’étoffent à toute vitesse mais je ne jurerais pas qu’elle pommeront aussi bien que les copines en pleine terre. A suivre…

Voilà déjà les crosnes, il va falloir que je leur trouve une place définitive où s’épanouir. Nous en avions un seul plant l’année dernière : sur le kilo récolté, quelques unes ont été installées dans un pot. Comme les topinambours elles reviennent chaque année à partir des tubercules bien cachés que vous manquez à la récolte.

On le voit partout, l’arrivée de la pluie de printemps, c’est le top départ de la profusion. C’est pourquoi je voudrais finir sur un coin de terre qui nous a donné bien du souci avant que nous ne comprenions son problème, qui était justement lié à la circulation de l’eau. c’est là qu’on nous avais conseillé il y a bien longtemps d’installer notre premier potager, à cause du bel ensoleillement. Depuis nous avons appris qu’on pouvait faire venir tout un tas de légumes à la mi-ombre, mais nous avons bien perdu quelques années à tenter de comprendre le mal qui frappait « le potager d’en haut ». Mulché, soigné, préparé selon les principes de la micro-agriculture biointensive, rien n’y faisait. Il restait quasiment infertile – et ravagé par les limaces pour les rares légumes qui s’y obstinaient.

Ce n’est qu’après un stage que la solution à été trouvée par le nouveau permaculteur de la maison : la circulation saine de l’eau y était impossible, à cause d’une pente infime qui la laissait filer là où elle aurait dû s’infiltrer dans le sol. Quant à la surpopulation de limaces – que nous avions toujours trouvée étrange dans un lieu aussi sec – nous avons une hypothèse : peut-être une conséquence de la dureté du sol, dans laquelle les vers de terre ne pouvaient pas proliférer, il n’y avait donc pas de concurrence sur les déchets végétaux, qui sont leur casse-croûte commun.

Tout l’endroit a donc été creusé de mini-baissières pour retenir l’eau, replanté de petits arbres fruitiers, framboises, myrtilles et mûres, qui ont des racines plus profondes. En cas de sécheresse, elle seront irriguées alternativement au changement de l’eau des poules – lesquelles viendront aussi s’occuper du nettoyage et griffage lorsqu’il sera temps, mais c’est une histoire que je vous raconterai une autre fois. Et on continue à observer, bien entendu, car le temps pris à regarder est la base de tout travail sensé et raisonnable avec la nature, dans le sens où elle veut aller. Ce qui est, vous en conviendrez, bien plus fécond et reposant que de s’épuiser à tenter de la combattre.

 

 

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