Pensons Sauvage

Potager & permaculture au jardin naturel

Supermarchés, masochisme et poches trouées

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ou Vous êtes plus riche que vous ne le croyez

Cultiver son alimentation soi-même, c’est fabuleux et c’est d’ailleurs l’objet central de ce blog. Mais nul être humain n’est une île. Manger ce que les autres font pousser, aller les rencontrer, bavarder à cette occasion, c’est bien agréable aussi.

Bref, quand elle ne vient pas de mon potager, j’achète mon alimentation à des producteurs locaux avec de bonne pratiques, sur un marché paysan aux prix plus que raisonnables. Puis je passe rapidement au supermarché me fournir en huile, sel, farine, café, etc, le tout en bio puisque j’ai fait des économies sur le reste.

Vous ne regardez plus jamais vos frites-salade de la même manière

Et là, il m’arrive régulièrement d’être étonnée lorsque je vois passer à la caisse des caddies débordants, remplis d’emballages colorés et que j’entends la caissière énoncer des prix qui frôlent celui du dernier smartphone trop tendance. Là-dedans, il semble y en avoir pour une semaine, mais ces braves gens – qui par ailleurs ont l’air souvent accablés par la facture qu’on leur annonce – dépensent manifestement cinq fois plus que raisonnable pour se nourrir.

Pourquoi ? D’abord, quand on détaille le caddie en question, on se rend compte qu’il y a une quantité d’aliments de grignotage, ce genre de trucs ruineux qu’on avale entre deux repas pour attendre, accompagné d’un soda ultra-sucré. C’est donc que ces personnes ont faim, ce qui s’explique aisément par le reste du contenu : des plats préparés, parfois quelques légumes bien trop propres pour être honnêtes, des desserts industriels et des fruits aux couleurs vives (mais gorgés d’eau). En fait, la malbouffe ça devient assez facile à reconnaître : plus l’emballage est bariolé, plus l’intérieur risque d’être inconsistant.

A vrai dire, ça n’est pas si différent de ce que je mangeais aussi, autrefois. Je me souviens donc à quel point cette nourriture était peu satisfaisante. Au goût, ça manquait toujours de substance et de corps. Les producteurs industriels ont un credo : que vous retrouviez toujours exactement la même chose en achetant leurs produits, partout dans le monde. Ce qui les amène à une standardisation totale et à une surenchère d’additifs, destructeurs de saveur authentique. Et parfois toxiques à long terme, ce qui ne fait jamais plaisir.

Et le pire : ça ne tenait pas à l’estomac, il manquait toujours quelque chose. Donc il fallait combler sans cesse. Des petits gâteaux, des en-cas et des collations. Des fruits dans le meilleur des cas – mais le genre qui se fait oublier un quart d’heure après. De ces trucs trop salés… ou pire trop sucrés, qui lancent votre organisme sur de véritables montagnes russes et vous redonnent de plus en plus souvent envie de glucose dans l’heure – ce qui est mauvais signe, soit dit en passant. Qui, au bout d’un temps plus ou moins long selon les constitutions, vous transformeront en un seyant petit tonneau sur pattes. On peut assumer joyeusement, mais ça reste une rude épreuve pour l’organisme.

Soyons fous et disons le tout net : vous vous offrez une palanquée de légumes locaux-de-saison-frais-et-bio, que vous les passiez au gratin ou au wok, d’abord ça sera bon. De vrais goûts longs en bouche, des textures consistantes, des salades qui craquent, des patates de caractère… Et ensuite vous n’aurez pas faim deux heures après. Quand c’est local, c’est frais et quand c’est frais, c’est nutritif – si vous avez bien choisi votre fournisseur : sur certains marchés on trouve des revendeurs qui écoulent les mêmes produits que ceux que vous trouvez en grande distribution. Faciles à reconnaître à cause des légumes hors-saison de leur étal, dont la mine récurée n’annonce en fait qu’un goût insignifiant.

Et il faut quand même que je vous signale quelque chose qui m’avait fait froid dans le dos : quand j’ai fait la révolution dans mon alimentation, il m’a fallu plusieurs semaines pour découvrir la véritable signification du mot satiété, pour éprouver intimement cette sensation. Ce qui veut dire que les carences induites par la nourriture industrielle doivent être graves et profondes.

La framboise du jardin en majesté : pâtisserie à la stevia

Les médias dits de masse ne perdent pas une occasion de prétendre que bien se nourrir, c’est trop cher. Ce qui est complètement faux. Il y a aujourd’hui des quantités de marchés et circuits alternatifs qui vous permettent de vous ravitailler correctement pour un prix raisonnable – et je vous colle des liens là en bas. Savez-vous que le fromage divin, acheté directement à un petit producteur sur un marché, c’est direct 5 à 8 de moins le kilo que le même en version grande distribution ? Oui, chez le premier le goût pourra varier d’une saison à l’autre, d’un fromage à l’autre même. Et alors ? A quoi bon retrouver toujours la même saveur – le credo des marques industrielle, comme je le disais plus haut – si celle-ci est médiocre ?

Il y a quelque chose de masochiste à persister dans ce mode de consommation. On sait qu’il est mauvais pour notre santé, pour la planète, pour les animaux et pour le commerce local. Restait le prétexte financier, bien pratique pour ne pas se bouger, mais en fait en y regardant de plus près : il vous ruine.

Eh oui, si vous changez de circuit d’approvisionnement, vous aurez bientôt besoin de beaucoup moins de nourriture. Vous pourrez en outre manger moins de viande – ce qui vous fera une très sérieuse économie – parce qu’il ne sera plus nécessaire d’en mettre sans cesse au menu pour faire ressembler vos repas à quelque chose. La viande, c’est le dernier radeau de sauvetage des gourmands, une bonne sauce autour et on oublie que les pommes de terre exhalent surtout une odeur de flotte. Mais elle n’est vraiment pas indispensable lorsque vous vous nourrissez de vrais aliments. Ou alors rarement. Le cas échéant, vous pourrez même prendre sans inquiétude la décision de devenir végétarien et régler ainsi une fois pour toutes vos problèmes de conscience. On en reparlera sûrement sur ce blog.

Quant au temps que ça prend de dénicher les bons produits, excusez. Une fois que vous avez mis la main sur le marché qui vous convient, l’AMAP ou même l’appli qui va bien pour vous faire livrer de bons produits à domicile, c’est réglé. Perso, c’est deux heures par semaine trajets compris, pas plus. Je ne crois pas que ceux qui ont à remplir des caddies débordants et passer encore le soir à la supérette pour les raccords puissent en dire autant.

Trouver votre réseau

L’alimentation bio et locale est de plus en plus recherchée, mais elle a été entravée dans son développement par nombre d’intérêts privés, il n’y a donc toujours aucun suivi exhaustif de l’information. Il reste donc nécessaire de mener un peu l’enquête autour de vous, de téléphoner à votre mairie, de demander aux connaissances qui s’y sont mises : Internet ne suffit pas même si une recherche marché paysan sur votre région peut donner des résultats.

Les marchés paysans communaux ne sont pas recensés par le portail marches-producteurs.com. Celui-ci est issu directement des chambres d’agriculture, ne signale aucun des marchés paysans de ma région par exemple, mais seulement les opérations promotionnelles annuelles Marchés des producteurs auquel aucun des meilleurs maraîchers bio de ma connaissance n’a jamais été invité. Question d’affiliation à un certain syndicat 🙂 ? Je n’en sais pas plus.

Quelques sites à visiter néanmoins :
pagesduterroir.fr permet de localiser des marchés paysans et d’autres sources d’approvisionnement
jours-de-marche.fr bien complet ! 
annuaire.marchesdefrance.fr pour les marchés classiques, cela vaut toujours la peine d’aller voir sur place
mon-panier-bio.com diffuse un maximum d’informations pour se nourrir en circuits courts

Les cueillettes, style Chapeau de Paille : souvent une bonne alternative pour du pas cher, ultra-frais et donc très bon. Si vous n’avez pas le temps de cueillir, il y a généralement une boutique, où se vendent également des œufs, des fromages et charcuteries locales. Le bio n’est pas garanti, mais ce sont souvent des gens tout à fait transparents qui cherchent sincèrement à aller vers les meilleures pratiques possibles, qui les affichent et qui répondront clairement à vos questions. Et ça fait des sorties bien sympas, très formatrices pour les enfants.

Le grand réseau irréprochable, ce sont les AMAPSreseau-amap.org
Il faut accepter une certaine rigidité du fonctionnement, voire s’investir dans la création d’une nouvelle structure. Personnellement je préfère la souplesse des marchés paysans, mais sinon il n’y a rien à redire.

Dans le même esprit, on peut créer son groupement d’achat. Autre initiative à suivre, l’arrivée en France des supermarchés coopératifs, qui proposent à chacun de participer quelques heures par mois pour bien manger à prix abordable. Si vous êtes en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), fouillez le site de la Filière paysanne.

Vous pouvez aussi choisir d’aller vers des entreprises de la nouvelle économie comme laruchequiditoui.fr mais informez-vous au préalable sur les implications du systèmeIl n’est pas du tout exclu que celui-ci ne puisse s’améliorer avec le temps, d’ailleurs.

A visiter également, cette page du webmag We Demain sur les applis et les sites qui localisent des points de vente directe près de chez vous.


Vous avez le droit de copier cette page et de la republier – photos comprises – uniquement si vous avez la politesse de mettre le lien vers l’original https://pensons-sauvage.org/index.php/2017/02/23/supermarches-masochisme-et-poches-trouees/ – et cette mention 😉

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