Pensons Sauvage

Potager & permaculture au jardin naturel

La joyeuse multiplication naturelle des salades

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Lorsqu’on démarre un potager, les salades sont souvent la première culture envisagée et la source des premières déconvenues. On s’offre quelques jolis pieds de laitue en jardinerie, sans réaliser que leur aspect fragile et leurs longues feuilles vert fluo sont probablement le signe d’un engraissement artificiel qui les fragilise.

Un rêve de salade, la batavia Pasquier, semence du domaine public

On les repique ensuite dans une terre qui n’a pas encore eu le temps de s’améliorer – car la plupart du temps on ne soupçonne pas la seconde difficulté qui attend les potagistes en devenir : une bonne terre de potager ça prend un peu de temps à s’installer. D’après certaines sources, 18 mois au moins sous un mulch permanent. Et elle ne fera que s’enrichir, s’agrader, avec le temps.

Bref, un travail plein d’amour mais qui envoie un signal éclatant aux nettoyeuses attitrées de tous les jeunes végétaux qui ne fonctionnent pas sainement, j’ai nommé : nos copines les limaces. Le problème est le même avec les semis en place : de ces minuscules bébés issus de semences importées artificiellement dans votre environnement, donc dépaysées, elles ne font qu’une bouchée.

Et après la dévastation on se pose la question de ses pouces verts, de la lune, des promesses de certains conseilleurs… et que sais-je encore.

Une jeune batavia Goutte de sang, délicieuse variété qui se cultive en toutes saisons : elle formera à terme une belle pomme serrée au goût de noisette fraîche (semence du domaine public)

Avant de penser aux solutions, je voudrais vous raconter ce qui se passe à partir du mois de février dans ma petite serre. Un enchantement.

A noter que l’histoire qui suit contredit complètement le principe de la rotation des cultures, comme à chaque fois qu’une plante se ressème naturellement. Je suis donc curieuse de voir ce qui se passera à long terme. Mais je pense confier le nettoyage de la serre aux poules, cet automne : elles sont très efficaces côté parasites.

Il se trouve que dès la première année d’utilisation de ce modeste abri à tomates, j’avais laissé monter en graine des salades aux extrémités des planches. Au début, les limaces accèdent plus difficilement à une serre fermée, surtout lorsque l’allée intérieure reste bien sèche. Plus tard, elles se débrouilleront pour venir y pondre comme partout ailleurs mais ce plus tard… fera la différence.

Les salades montées, ce sont souvent d’énormes plantes qui portent des milliers et des milliers de graines, il faut donc les attacher aux armatures quand elles commencent à se pencher partout dans l’espoir de se répandre. Mais au mois de novembre, quand on retire les pieds de tomate, il suffit de couper ces gros plumeaux et de les secouer tête en bas sur la terre désormais libre – après y avoir rajouté une généreuse ration de compost. On tasse au râteau, on arrose, et on s’en va ranger les plumeaux en question dans des grands sacs en papier, qu’on stocke au sec, pour le jour où on aura la patience de trier tout ce qui reste sur les branches. Ou de les secouer ailleurs pour faire tomber naturellement les plus matures.

Toujours du domaine public, la Radichetta ou Cressonnette marocaine, une salade à couper épatante, qui pousse toute l’année

En quelques jours, sur une terre encore tiède, les bébés salades pointent leur nez. S’il y a un effet de « tapis vert », mieux vaut éclaircir rapidement, en dégageant des bandes de terre nue : 3cm de terre sur 3cm de plantules suffisent dans un premier temps, les plus robustes trouveront de quoi s’installer. Mais là, déjà, bizarrement, même si vous avez déjà croisé moult limaces dans la serre, elles sont aux abonnés absents pour vous donner un coup de main. Ces pousses-là ne les intéressent pas : elles sont chez elles et elles vont bien.

Avec l’hiver, tout le monde s’endort, vos petites salades semblent presque stoppées dans leur croissance mais en fait il n’en est rien. Elles renforcent leur racines et se préparent en douce pour la suite des événements.

On continue à éclaircir pour favoriser les plus belles et dès février, ce nettoyage peut fournir de délicieuses petites feuilles qui feront déjà la gloire de vos salades composées. Les limaces qui déambulent parfois dans la serre les dédaignent obstinément.

Une mauvaise herbe au pied de la Radichetta ? Non, en fait, pas du tout : c’est de la Cardamine hérissée, qui justement est délicieuse… en salade !

Au fur et à mesure jusqu’au moment où elles commenceront à remonter à graine, chaleur de la serre aidant, la récolte sera de plus en plus abondante, pour finir sur de belles pommes ou de grandes feuilles tendres selon les variétés. Et bien sûr, aux bouts des planches, on ne manquera pas d’en laisser l’une ou l’autre terminer son cycle pour nous donner encore une belle descendance l’année prochaine.

Et le potagiste débutant dont nous racontions plus haut les mésaventures ? Quelles solutions pour lui ? Des idées en images, mais on peut en trouver d’autres. Pour ma part, je privilégierais les barrières physiques, qui sont les seules que je trouve vraiment efficaces lorsque le potager n’a pas encore atteint son équilibre.

 

Pour démarrer, des salades en pot posées sur une table. Elles seront plus petites mais parfaitement à l’abri des limaces. Je continuerai à en faire, tant pour leur côté reposant et mobile (lors des chaleurs, elles partent à la mi-ombre) que pour tester différentes tailles de pots… histoire d’aborder aussi la culture sur balcon.

Le châssis traditionnel, que l’on peut aussi fabriquer soi-même, les plantules n’en sortiront qu’une fois bien fortifiées. Dès qu’il fait chaud, on ne le ferme que la nuit. Et trois belles Reines des glaces, souvent trop convoitées par les limaces, y finissent leur croissance.

Enfin, dans la catégorie bricolages infernaux (que nous pratiquons avec assiduité), le carré potager, la bouteille 5L coupée – qui est elle même une mini-serre – et le film à tomates bien tendu pour protéger les jeunes semis en février ou mars. La bâche de serre est trop épaisse pour cet usage. C’est moche, mais c’est comme ça que j’ai commencé et ça marche, y compris pour semer plus tôt que raisonnable. Attention, il fait vite caniculaire là-dessous lorsque le soleil se montre, d’où les petits trous pour laisser s’échapper la chaleur. D’ailleurs, à partir d’avril-mai un filet anti-insectes sera plus adapté. L’humidité interne est suffisante, pas besoin d’ouvrir pour arroser ; dès que vos petites ont trois ou quatre jolies feuilles, vous pouvez enlever le dispositif, elles sont tirées d’affaire. On peut remplacer par un tunnel, beaucoup plus orthodoxe, mais encore moins simple à manier et souvent trop sec.

Vous avez le droit de copier cette page et de la republier – photos comprises – uniquement si vous avez la politesse de mettre le lien vers l’original https://pensons-sauvage.org/index.php/2017/02/19/la-joyeuse-multiplication-naturelle-des-salades/ – et cette mention 😉

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