Pensons Sauvage

Potager & permaculture au jardin naturel

Cessez de travailler au jardin !

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J’ai passé des années à observer mon jardin, en me limitant aux opérations les plus simples – celles qui visaient à s’assurer qu’on puisse circuler d’un bout à l’autre – mais en laissant pousser et évoluer à leur guise de nombreux îlots. Selon qu’ils étaient à l’ombre ou au soleil, dans un coin humide ou sec, certains qui étaient broussailles il y a quinze ans sont devenus des futaies ou des bouquets d’arbres, d’autres voient s’épanouir des annuelles chaque saison, différentes en sous-bois et sur l’herbe ensoleillée.

Ensuite seulement je m’y suis mise au travail. Et encore, quand je dis au travail, c’est un peu exagéré : rien à voir avec la quantité d’énergie que j’ai déployée pour démarrer notre potager.

En fait, je me contente de continuer à tondre l’herbe, mais le moins ras possible et le moins souvent possible, en laissant toujours de nombreuses parcelles de plantes sauvages indigènes. Et je limite les velléités des ronces, qui au soleil s’épanouissent en formidables entrelacs barbelés, en ronciers géants. C’est leur job et elles le font bien : dans nos régions tempérées, un bout de terre intouché tendra toujours à se transformer en forêt. Elles sont la première étape du processus. D’avril à juin, il peut même être dangereux de cligner des yeux (don’t blink !) tellement elles peuvent pousser vite. Il faut le savoir : dans les forêts, à l’ombre, elle se tiennent tranquille. Elles restent raisonnables et modérées. Mais sitôt qu’un arbre tombe et qu’un puits de lumière se créée, elles explosent.

Et voilà pourquoi je ne coupe que lorsque c’est absolument nécessaire, car par cette longue observation j’ai découvert que plus on la bouscule, plus la nature réagit avec vigueur. Les malheureux qui ont eu un jour l’idée saugrenue d’épandre du glyphosate s’en sont rendu compte : ce qui repousse ensuite, ce sont de véritables plantes de combat (le petit nom admiratif que je leur donne), que la terre fait surgir pour préparer le terrain aux autres, plus fragiles, en recréant à terme un humus fonctionnel.

Plante de combat : pissenlit (taraxacum campylodes) saisi en pleine offensive contre le béton. Photo Jerzy Opiola, CC BY-SA 4.0

L’énergie du vivant est admirable. Et dans ce jardin où je cherche à lui laisser le plus d’espace possible, se produisent trois phénomènes parallèles tout aussi remarquables : le décor naturel s’harmonise de lui-même, créant une succession de petits tableaux épatants, bien plus fascinants que trois arbres maigrichons plantés sur un gazon tondu. Il se diversifie d’année en année en accueillant de nouvelles espèces. Et toute une petite population animale s’installe et prolifère joyeusement.

Mon intervention se borne à favoriser certaines plantes que je les trouve belles, ou si je les sais menacées. Et à aménager quelques mares et points d’eaux, qui sont autant de sources de vie débordante. Les larves de moustiques avec lesquelles on terrorise les populations ne font pas le poids face aux têtards, grenouilles, chauves-souris et oiseaux insatiables. C’est le type même du faux problème, dans un écosystème en équilibre.

Même l’arbre tombé, que j’ai laissé là s’il ne gêne pas trop le passage, se couvre de mousses et de champignons, se voit investi par des fourmilières, de larves aux silhouettes épiques et traversé par des tunnels mystérieux. Avant de disparaître et de laisser place à un nouvel arbre, arrivé là on ne sait trop comment.

Il n’y a rien de plus facile et agréable que de rendre sa liberté à un jardin. Vous cessez de vous casser la tête avec des travaux aussi inutiles que destructeurs, vous faites du bien à la nature en ne vous opposant pas sans cesse à elle. Vous n’êtes plus le jardinier mais le gardien d’un refuge du vivant.

C’est l’heure où les lions vont boire

 

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